04 ALG 11
04-04-22 Alger - Baraki

  

 

 

http://www.lexpressiondz.com/T20040424/ZA4-0.htm

 

VIVE TENSION À BARAKI
6000 citoyens menacés d’expulsion
24 2004 - Page : 3

 

La tension reste vive dans cette localité et les habitants de la cité promettent des «actions d’envergure».

Près de 6000 habitants de la cité Diar El Baraka, à Baraki, ont été «chassés» manu militari de leurs logements qu’ils occupaient depuis plusieurs années. «Nous ne quitterons pas nos maisons, et si les autorités locales persistent à penser qu’elles peuvent nous expulser par la force, alors elles devront nous tuer d’abord.» Voilà donc lancé le défi que 756 familles «proposent» à l’administration du logement de la wilaya d’Alger.
Un millier de citoyens était regroupé autour de la cité Diar El Baraka, ex-Bengana, à Baraki, pour protester contre ce qu’ils qualifient de «mépris total» envers les habitants de la cité et «provocation irresponsable» de l’administration locale. Une pétition circulait, hier encore, de maison en maison. 756 responsables de famille y ont déjà apposé leur signature. La pétition, rédigée en langue arabe, exprime «l’indignation» des habitants de Diar El Baraka que disent être «outrés» par la démarche «irresponsable» des responsables locaux et des services de wilaya qui, «sans prévenir» personne, ont tenté un «coup de force» pour jeter les habitants hors de leurs maisons, pour les reloger dans des chalets de Bentalha.
Cette procédure, dit la pétition, relève d’un «abus d’autorité» et un «manquement grave envers les droits des citoyens à être les premiers informés de décision les concernant». Dès jeudi matin, les «camions du déménagement» sont présents. Les habitants protestent et refusent de faire sortir leurs meubles. «Tenez, même le déménagement est payant, comme si c’était nous qui avions proposé de partir», ironise un habitant. Devant le refus de quitter leurs maisons, les autorités locales demandent une perquisition et la police vient à la rescousse. S’ensuit alors, au milieu des cris de jeunes enfants et de mères de famille, de jets de pierres et de tirs de sommation, un interminable vacarme qui menace de tourner à la confrontation directe.
Des officiers de la Dgsn sont dépêchés sur les lieux et donnent des directives à la police anti-émeutes de concéder le terrain et de faire en sorte de calmer les tensions. Les jeunes émeutiers brûlent des pneus et la noire fumée finit par assombrir une journée déjà compromise. Cependant à 17 h, les tensions commencent à se calmer et les policiers retirent leur dispositif. Restait, toutefois, une vive tension, même hier, vendredi. Et une vague inquiétude des habitants mêlée à une colère incommensurable. «Ce ne sont pas des baraques, ni encore moins des gourbis qu’ils veulent raser, mais bien des maisons bâties avec du dur et qui ont résisté au séisme du 21 mai dernier». Nous entrons dans quelques maisons. Tout respire l’entretien. Certaines constructions datent de 1960 et ont été, donc, bien aménagées par leurs occupants.
Un citoyen dit : «Ils ont terrorisé nos femmes et nos enfants, et les élus locaux, des gens du MRN, se sont cachés pour ne pas avoir à répondre à notre protestation». Un autre : «Les menteurs ! Ils ont affirmé vouloir nous loger à Bentalha, alors qu’à Bentalha, il n’y a que 250 chalets, et que nous sommes 756 familles. En fait, les camions qui ont été dépêchés pour nous ‘’évacuer’’ avaient des ordres de mission pour Thénia et Reghaïa. On tient ça de la bouche même des chauffeurs. Les élus, les responsables locaux et l’administration des logements de la wilaya n’ont aucun scrupule à mentir et à abuser de la bonne foi de gens humbles en privant les premiers concernés de leurs droits de savoir de quoi retourne toute cette comédie de mauvais goût !» La cité El Baraka n’est ni un bidonville ni une ville bidon, mais bien une cité occupée par des petites gens qui demandent plus de respect et plus de considération de la part de responsables locaux qui ont à apprendre en matière de communication de proximité.

 

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24-04-2004

Les émeutes sont de retour

Au lendemain de l'élection présidentielle, la colère est montée crescendo chez les citoyens de différentes localités du pays qui sont revenus à la charge pour exiger de nouveau la prise en charge de leurs problèmes sociaux. Des problèmes au quotidien à l'image du logement et de l'emploi et qui tardent à être réglés, exacerbant ainsi la tension chez les populations. Ces dernières n'ont pas trouvé mieux que d'investir la rue pour exprimer leur ras-le-bol. En effet, la protestation était au rendez-vous ce week-end dans plusieurs régions du pays. Ouargla, Bordj Bou Arréridj, Laghouat et même la capitale ont connu des émeutes ce jeudi. Dans la première wilaya, les jeunes chômeurs sont sortis pour dénoncer l'octroi de 800 postes de travail (sur les 1 500 promis) à des demandeurs qui ne sont pas originaires de cette même région. Les contestataires ont été fortement réprimés par les forces de sécurité, la manifestation des jeunes Ouarglis n'a pas duré longtemps ce jeudi, selon des citoyens que nous avons joints hier par téléphone. Mais une chose est sûre, les chômeurs de cette région pétrolière ne sont pas près de lâcher d'autant que les promesses tenues par les représentants du gouvernement qui s'y sont déplacés en mars avant le début de la campagne électorale pour apaiser la situation n'ont pas été concrétisées. De même pour les mesures d'apaisement prises à cet effet. Les jeunes de Ouargla se disent toujours marginalisés au profit des demandeurs d'emplois venant du nord du pays.
A Laghouat, ce sont les citoyens de la commune de Guegu qui se sont soulevés contre la mauvaise gestion de leur localité. Pour cela, ils demandent carrément le départ du maire en organisant des sit-in quotidiens devant le siège de l'APC pour demander l'installation d'une commission d'enquête sur la gestion de la commune. Toujours pour des revendications sociales liées au logement et à l'emploi, les jeunes d'El Hammadia, une localité distante de 14 km du chef-lieu de la wilaya de Bordj Bou Arréridj, ont bloqué la route nationale 45 reliant leur wilaya à M'sila.
A Alger, les représentants de 780 familles sont sortis dans la rue, jeudi à Baraki, pour rejeter la décision prise par les autorités locales concernant leur relogement dans des chalets. Des affrontements ont d'ailleurs éclaté jeudi entre les manifestants et les forces de sécurité. Les émeutes ont également marqué au cours du mois d'avril d'autres wilayas telles qu'Aïn Defla, Annaba et Timimoun. L'élection passée, les populations de certaines communes, notamment les plus démunies de ces wilayas, ont exprimé leur colère face à la détérioration de leurs conditions de vie en renouant avec les manifestations et en saccageant, bien sûr, les édifices publics. Les revendications que ne cessent de poser les citoyens constituent les dossiers lourds du prochain gouvernement dont la mission s'annonce difficile sur ce plan. Car il s'agit de répondre aux attentes de toutes ces populations qui veulent en finir avec la marginalisation.
S. I.

 

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N° 3519 24/4/2004

Aprés des menaces d’expulsion à l’encontre de dizaines de familles
Emeutes à Baraki
Par Karim Kebir

Les affrontements avec les forces de l’ordre ont duré près de quatre heures. Les habitants de la cité Diar El-Baraka refusent de rejoindre les chalets qui leur ont été attribués.
Hier encore, des pneus incendiés jonchaient l’entrée de la cité Diar El-Baraka. Quatorze printemps au compteur, le petit Omar porte toujours les stigmates de la matraque du policier et un certificat de vingt et un jours d’incapacité délivré par le médecin. Sur les murs qui font office de clôture à l’école, des graffitis griffonnés par des mains anonymes traduisent déjà le sentiment général : “on veut des logements décents”.Baraki, à 15 km au sud d’Alger, cette ville qui a défrayé la chronique dans les années noires du terrorisme et immortalisée par l’inénarrable comédien Mohamed Fellag, a vécu, jeudi dernier, une journée fort mouvementée. Des heurts entre les résidents de la cité Diar El-Baraka, une cité de 780 habitations qui date de l’époque coloniale et établie sur un terrain de près de 14 ha , et les forces de l’ordre venues les déloger, ont éclaté, faisant 64 blessés dont des policiers selon des témoins et 21, selon les pompiers cités par un habitant. Ce n’est qu’en début de soirée qu’un calme, du reste précaire, est revenu, rapportent beaucoup de témoins. Pendant près de quatre heures, soit dès 14 heures, l’entrée de la cité s’est transformée en un champ de bataille où les pierres le disputaient aux cocktails Molotov, affirme un jeune habitant sous le sceau de l’anonymat. À l’origine de la protestation, une décision de la wilaya d’Alger sommant les résidents de quitter la cité pour les reloger dans des chalets. “Les autorités ont ramené des camions pour entamer l’opération d’évacuation sans nous avertir ni nous informer”, raconte outré Mohamed, blessé par une pierre à l’œil gauche. Motifs invoqués par les autorités : détruire “le bidonville” pour reconstruire une nouvelle cité. Un formulaire distribué aux résidents stipule que les habitants de la cité Diar El-Baraka qui ont bénéficié d’un logement social, d’un lot de terrain ou ont un dossier AADL ou CNEP/APC ne retournent pas dans la nouvelle cité qui sera reconstruite sur le site rasé et devront quitter les chalets après un certain temps. “Le comble c’est qu’on ne savait même pas le lieu de notre affectation. On a seulement entendu de la bouche d’un camionneur qu’on allait partir à Thénia”, ajoute Mohamed.

La quadrature du cercle
C
ependant, les aveux divergent sur la question de la délocalisation. Si certains affirment “qu’ils ne vont pas sortir”, d’autres en revanche soutiennent qu’ils sont disposés à la condition de les affecter dans des logements décents. Enfin, d’autres avancent que 47 familles sont prêtes à rejoindre les chalets. Mieux encore, à se fier au témoignage d’un délégué du comité du quartier, un compromis a été trouvé avec les autorités locales pour reporter la délocalisation à l’été en raison de la scolarité des enfants. “On s’est entendu que la délocalisation se fera l’été. qu’ils nous donnent le lieu de l’emplacement de nos futurs logements avec l’appui d’un arrêté et enfin la constitution d’une commission pour le suivi du relogement”, raconte ce délégué. “Le wali-délégué nous a promis qu’il nous informera”, dit-il. Ce n’est que mercredi soir, ajoute-t-il, qu’un élu ivre mort est venu nous informer “qu’ils allaient nous déloger le lendemain”. Un habitant lui est catégorique : il n’est pas prêt de partir. D’abord, il a trop dépensé d’argent pour la réfection de son appartement et ensuite il raconte, pièces justificatives à l’appui, qu’en 1989, un arrêté lui signifiant qu’il bénéficiera d’un logement dans la cité des 600-logements construite à quelques mètres de Diar El-Baraka lui a été délivré. “Et à ce jour, je n’ai pas eu ce logement alors que j’ai versé l’argent. Et ils veulent m’envoyer dans un chalet”, dit-il, irrité. Il raconte même que certains résidents ont bénéficié de lots de terrain qu’ils ont vendus sans compter l’aide de 14 millions.

La mafia du foncier pointée du doigt
C
omme lui, d’autres témoins affirment qu’ils résident dans cette cité depuis 40 ans. “On a des actes de propriété depuis 1958” , raconte l’un d’eux. “Moi j’ai un acte de propriété qui date de 1981” , renchérit un autre. D’autres affirment qu’ils sont des locataires avec des contrats de location avec l’OPGI.  Pourquoi alors cette délocalisation ? À vrai dire, la cité Diar El-Baraka n’a rien à voir avec les favelas de Rio de Janeiro, encore moins avec ces bidonvilles des bords de l’oued Hamiz. Vous serez, sans doute, étonnés de voir l’intérieur de ces maisons, plutôt des villas, même s’il est vrai que l’aspect extérieur porte la patine des cités dortoirs. Le faste de l’intérieur contraste singulièrement avec l’extérieur. Mais, selon toute vraisemblance, cette cité, comme d’autres peut-être ailleurs, souffre d’un vide juridique. Autant les logements que le terrain appartiennent à un grand propriétaire, aujourd’hui mort, réputé dans la région, un certain Bengana. “Ils les avaient offerts aux pauvres”, raconte un quinquagénaire. D’où, aujourd’hui, le fait que cette région suscite les convoitises, d’autant que les résidents visiblement ne disposent pas de documents assez solides à opposer aux autorités. “Il voudrait rendre service à ses supérieurs”, accuse un habitant, un responsable local. “Avec la complicité des élus”, ajoute-t-il. Un autre témoin croit savoir, pour sa part, que le terrain sur lequel a été bâtie la cité a été vendu aux saoudiens pour construire un “grand centre commercial”, selon lui. “C’est la mafia de l’immobilier”, lâche son collègue. D’ailleurs, en guise d’arguments, ils se demandent comment deux “individus” ont réussi à lancer la construction de deux bâtisses sur le terrain de cette cité. “C’est grâce à la tchippa”, estiment-ils. Sur un autre registre, ils ne comprennent pas comment on veut procéder à la destruction d’une cité “qui n’a rien de bidonville ni ne menace ruine”, alors qu’il y a près d’une dizaine de bidonvilles à Baraki dont notamment le célèbre Kaboul. “Où est l’Algérie forte et digne ?”, ironise Mohamed. En tout état de cause, les résidents de la cité Diar El-Baraka ne sont pas prêts à abandonner le combat. Ils prévoient d’occuper le siège de l’APC aujourd’hui.

K. K.

 

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Dimanche 25 Avril 2004

 


Actualités : LA TENSION N'A PAS BAISSE A BARAKI
«Nous ne nous laisserons pas faire»

La tension n’était toujours pas tombée hier en fin d’après-midi à la cité Diar-El-Baraka, à Baraki. Après un week-end chargé en émotions, notamment jeudi dernier où des affrontements ont eu lieu avec les services de sécurité locaux, plus de la moitié des habitants était encore prête à utiliser tous les moyens pour ne pas se laisser faire. Vers 10h20, à notre arrivée à ladite localité, les citoyens s’étaient attroupés devant les entrées de la cité ou bien en face de la salle omnisports.
«Nous ne sommes pas partis travailler. Une journée de salaire s’est envolée par leur faute», a crié en notre direction un citoyen. Et un autre de renchérir : «Il y a même des parents qui ont refusé de laisser leurs enfants partir à l’école par crainte. Nous ne savons pas à quoi s’attendre». L’établissement en question se trouve à quelques mètres de là. Les résidents paraissaient un peu mieux organisés que la veille pour faire «échouer la politique du mépris des autorités». «La dignité et la fierté… ? Du béton au carton », «Non au terrorisme administratif » et «Elles sont où la fierté et la dignité ?». Tels sont les slogans écrits sur les banderoles qui ont été accrochées à l’entrée et à l’intérieur de la cité. «C’est une manière de narguer le président de la République et attirer l’attention des autorités publiques», nous a déclaré un habitant. Les murs de lycée n’ont pas été en reste. Depuis vendredi dernier, ils portent des graffitis faits par les citoyens et traduisent le même sentiment qui est la volonté d’avoir des logements décents.

«Ouyahia va arriver !»
Dès notre arrivée à la cité, nous nous sommes dirigés directement vers la maison de Mohamed, un délégué du quartier qui nous accueillit chez-lui la veille. Il nous a annoncé d’un air fier : «Le Chef de gouvernement va arriver incessamment. Nous l’avons appris de sources sûres. Nous allons l’attendre pour tout lui expliquer.» Nous apprendrons un peu plus tard que c’était une rumeur qui a été lancée vendredi soir pour que les citoyens n’entreprennent pas la marche prévue en direction de la mairie. A ce sujet, un petit tour du côté de l’APC nous indiquera que les autorités se sont préparées à toute éventualité. L’édifice était en effet barricadé au niveau des deux entrées, et les éléments de la sécurité y étaient présents en force. Même scénario du côté de la salle omnisports, où avait lieu à partir de 10 heures, une réunion importante. Elle y regroupait le wali délégué de Baraki, M. Aïssa Kaïd, et d’autres responsables. Nous tenterons à plusieurs reprises d’accéder à la pièce sans succès. Les policiers qui étaient postés à l’entrée nous l’interdisaient vigoureusement. Au fil des minutes qui passaient, on pouvait remarquer aisément la venue des renforts en force. Le parking de la salle comptait pas moins d’une dizaine de Nissan, des policiers en uniforme des grands jours «anti-émeute» et quatre camions de déménagement. A la sortie de deux de ces engins, les esprits s’échauffent très vite et les citoyens paniquent. Ainsi, vers 12h10, des pneus ont été brûlés à l’entrée de la cité. Ils ne seront éteints qu’après une dizaine de minutes par leurs voisins pour les apaiser. Après quoi, quelques délégués qui paraissaient choisis, ont été appelés pour assister à la réunion. Ils nous apprendront un peu plus tard qu’un compromis aurait été trouvé.
La valse des chiffres
A la sortie de la réunion, et devant l’insistance des journalistes, un point de presse a été improvisé par le wali délégué et le directeur de logement de la wilaya d’Alger au siège de la daïra. En esquivant quelques questions, M. Kaïd a affirmé que «ce ne seront que les familles qui sont au nombre de 57 et qui accepteront de vivre momentanément dans les chalets qui seront délogées». Un chiffre réfuté par les délégués de la cité. Ils nous ont affirmé que «seules 29 ont accepté, vu leurs conditions de vie des plus déplorables ». Pour M. Kaïd, du moment que des familles vont déménager, une partie des habitations sera détruite pour que les appartements soient construits. Il dira : «Ce sera un exemple pour les autres. Ils vont accepter ce changement après 9 mois, date de la fin des constructions. » Il a ajouté que c’est un projet qui date de 1987 et qui concerne depuis 11 000 habitants. «Tous ceux qui ont accepté de déménager, il leur a été délivré un reçu qui stipule, dans trois articles, que l’OPGI de Hussein-Dey s’engage à délivrer le logement dès la fin des constructions. Et de l’autre côté, les citoyens devront restituer les chalets.» A la question de savoir si les habitants étaient informés avant jeudi , le wali délégué a affirmé que «oui, et cela une dizaine de jours avant». A quoi, Salah, un habitant, s’est exclamé : «Si on déménage, peut-on envoyer nos enfants à l’école !?.» Même si des garanties ont été données, les habitants restent sceptiques : «Nous n’avons plus confiance en eux. Ce qu’ils ont fait jeudi dernier a cassé le seul lien de confiance qui restait», nous a déclaré un habitant. Un sentiment partagé par la majorité de la population.
Des chalets qui ne sont pas prêts
En voulant savoir un peu plus sur les 250 «fameux» chalets et qui doivent accueillir… plus de 300 familles, nous nous sommes rendus au site. La première impression qu’on a eue est qu’ils n’ont pas encore été achevés. Nous y rencontrons une famille qui attendait ses affaires pour pouvoir s’installer. «Nous avons choisi de venir ici, car nous vivons avec quatre autres familles», nous a déclaré la grand-mère. «On ne sait pas vraiment où nous allons. Mais c’est mieux que rien», a renchéri sa petite-fille. Les chalets comptent deux minuscules chambres, un petit hall et des toilettes. Concernant les commodités, elles étaient dans un état désastreux. L’électricité n’était pas encore installée dans toutes les chambres. Des ouvriers s’activaient encore à l’extérieur. Des flaques d’eau se sont formées entre les chalets. Les sanitaires n’étaient toujours pas placés pour toutes les habitations. Les citoyens que nous avions quittés vers 16 heures nous ont donné rendez-vous pour aujourd’hui : «Ils vont sûrement nous faire un coup.» Il semblerait que les services de sécurité aient reçu des renforts pour être prêts : «Il se prépare quelque chose». «Ils sont encore plus nombreux de chaque côté de la cité, bien cachés», nous a affirmé un autre habitant. Les résidents restent ainsi mobilisé. Ils demandent la venue d’un représentant de la justice, de la wilaya et d’un huissier de justice pour déménager vers les chalets. «Sinon, on ne bougera pas…»

Meriem Ouyahia

 

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La quasi-totalité des familles de la cité Diar El Baraka refuse de rejoindre les chalets
« Il n'est pas question de céder au chantage des autorités »

Meziane Boubadjou
27-04-2004
Un climat de tension règne toujours au niveau de la cité Diar El Baraka, dans la commune de Baraki, à Alger après avoir été le théâtre de violentes émeutes entre les habitants et les forces de l'ordre venues pour les déloger le week-end dernier. Le risque d'assister encore à des scènes similaires de violence durant les prochains jours demeure toujours. L'intervention des forces antiémeute postées à chaque entrée de la cité a été perçue par les habitants comme une forme de provocation. D'où d'ailleurs le refus de la grande majorité des familles d'évacuer leurs logements. Elles sont exactement au nombre de 700, selon leurs représentants. Pour le moment, les autorités de wilaya n'ont réussi à déloger qu'une quarantaine. Ces dernières ont été relogées dimanche dernier dans des chalets montés à Bentalha. « Le souci majeur du wali délégué et consorts est sans conteste de raser à n'importe quel prix nos habitations. Mais une chose est sûre, c'est qu'on est là pour lui tenir tête », précise Abdallah, dit « le Rebelle de la cité ». Pour ce dernier et ses voisins, il n'est pas question d'évacuer leurs logements quitte à être emprisonné. « Il faut que le wali d'Alger prenne conscience de notre position. Logiquement, le dernier mot revient aux habitants si nous étions dans un pays qui se respecte », ajoute le jeune Abdallah. Cependant, le souhait majeur des habitants est la visite du président de la République sur place pour lui rappeler ses promesses.
« Notre cas, indique-t-il, reste un exemple patent de l'injustice vécue à grande échelle par les Algériens. » Par ailleurs, après la matraque, les habitants font face aujourd'hui au harcèlement quotidien des autorités publiques : « Des coupures de courant et d'eau ont été constatées déjà lundi dernier », affirme notre interlocuteur, qui qualifie ces agissements de véritable chantage. « Voilà l'Algérie de la fierté et de la dignité promise par le président de la République », ironise-t-il. Les entreprises chargées par l'Etat d'entamer les travaux de réalisation du projet des 1 200 logements promotionnels, après la démolition des habitations, sont déjà sur place. Ce qui prouve d'ailleurs que la détermination des autorités de raser l'ensemble des habitations est réel. Le bras de fer engagé entre les habitants et les autorités de la wilaya est, semble-t-il, parti pour durer.
Meziane Boubadjou