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t é l é o l o g i e o u v e r t e
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Téléologie moderne et
courants de pensée dominants |
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| III – Prophylaxie mentale contre la révolution russe | ||||||
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I. |
La psychanalyse | |||||
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1. Comme les familles
royales où chaque rejeton crée sa propre branche, les grandes
spécialités de l’autorité intellectuelle du XIXe siècle, la physique et
la philosophie, ont engendré de nombreuses subdivisions autonomisées, au
cours de l’inflation de spécialités du XXe siècle. Mais dans ce système
initialement universitaire et validé par la cooptation, des spécialités
se sont érigées en parvenues. C’est le cas de la psychanalyse, qui a
installé un discours indépendant de tous les autres discours – même si
ses théoriciens ont multiplié les références et les preuves de
filiations à d’autres spécialités, ce qui d’ailleurs est une des
caractéristiques des parvenus. Les spécialistes des autres spécialités
ont été fort embarrassés par l’évaluation de la psychanalyse. Car pour
la valider, il fallait la connaître, mais pour la connaître il fallait
un temps considérable, qui était à confisquer à l’étude et à
l’élaboration de sa propre spécialité, et de la connaissance de toutes
les autres. Aussi, c’est faute d’un examen rigoureux, qui ne sera
d’ailleurs pas non plus entrepris ici, et grâce à la volonté obstinée de
ses fondateurs, que la psychanalyse a obtenu peu à peu la reconnaissance
en tant que spécialité dans l’autorité intellectuelle. L’argumentation
de Popper, qui classait la psychanalyse en dehors de la science parce
qu’elle était, selon son expression, « non falsifiable », n’a pas pesé
face aux multiples emprunts de spécialistes très variés dans le jargon
autonome si développé de la psychanalyse, et qui a contribué à installer
celle-ci en référence. Il faut dire que les futurs gérontocrates des
spécialités reconnues font partie du cœur de cible des psychanalystes.
Tout le second paragraphe
de la citation ci-dessus est un franc délire d’extrapolation, qui se
présente comme une conséquence logique, et qui marque surtout l’immense
embarras devant le terme « appareil », si éloigné du plaisir, si dévalué
aujourd’hui, et si peu ambitieux. Il semble plus probable qu’avec le mot
appareil, Freud voulait continuer ses allégeances au scientisme
mécaniste de son temps, dans un souci de respectabilité. La psyché
devient une fonction clairement localisée et mécanique, subordonnée au
monde extérieur, et c’est dans la posture humble du scientifique que
Freud invitera ensuite à ce qu’on le suive sur un territoire qui, bien
sûr, giclera bien au-delà du malheureux appareil.
4. Parmi les multiples « principes » dont la psychanalyse s’est gargarisée, deux d’entre eux
m’intéressent en priorité. Ils sont d’ailleurs fonctionnalisés en tant
que couple d’opposés, dans cette théorie : le principe de plaisir et le
principe de réalité. Cette opposition, qui fait que le plaisir n’est pas
réalité et que la réalité n’est pas plaisir, est d’ailleurs un raccourci
du dualisme moral de tout le XXe siècle.
5. La seconde topique de
Freud, à partir de 1923, est un réajustement de la première. Il y a
désormais trois territoires, le Moi, le Surmoi et le Ça. Alors que cette
carte est aujourd’hui encore la carte officielle de la division de la
pensée, et que beaucoup de dilettantes la connaissent, elle a beaucoup
moins bien pénétré chez les ignares. La terminologie elle-même est
beaucoup plus alambiquée : si le Moi correspond à un terme courant, le
Surmoi apparaît comme issu d’un jargon spécialisé, et le Ça (qui ne peut
rendre bien le Es allemand que dans les langues dotée d’un genre
neutre), qui est un pronom démonstratif courant, a du mal à s’accommoder
d’un contenu et d’une définition psychanalytiques concrètes.
L’inconscient disparaît de la topique, distribué entre ses différentes
instances. C’est d’ailleurs parce que Freud s’était rendu compte qu’il y
avait également de l’inconscient dans le Moi qu’il serait revenu sur sa
première topique.
Continuant ses recherches au mépris des sourcils froncés, Reich en arriva à diverses conclusions qui l’ont propulsé hors de la psychanalyse. C’est d’abord l’idée, assez volontiers reprise depuis, d’une psychologie de masse. C’est ensuite l’idée que l’orgasme est une source d’énergie, qui devient rapidement le constat que cette énergie, que Reich baptise l’orgone, est universelle, qu’elle existe dans l’univers physique entier.
Emporté par sa curiosité
et l’étrangeté de ses recherches, Reich a continué ses expériences
pratiques, physiques, sur l’orgone. Des résultats fort contestés, à
cause de cette étrangeté, ont malheureusement marginalisé cette
démarche. De même, dans ‘Biopathie du cancer’, il avait développé une
conception générale de cette maladie, qui va bien au-delà de tout ce que
la médecine occidentale en a découvert aujourd’hui, en la fondant
justement dans la misère sexuelle, où les blocages physiques qui en sont
les symptômes (les tumeurs) peuvent se résorber par des techniques
respiratoires simples, même si la résorption des symptômes n’est pas
équivalente à la suppression de la maladie, ce dont Reich s’affirmait
d’ailleurs incapable. En tant qu’ignare en la matière, je n’ai pas les
moyens de juger des arguments pour et contre ces recherches. Mais elles
ont le mérite de l’originalité, de l’intention, et de l’honnêteté. Et
leur marginalisation montre plutôt leur dangerosité pour cette société
que pour les pauvres modernes, dont Reich avait ouvertement épousé le
parti.
De même, dans l’« économie sexuelle », on retrouve accolés deux monstres : l’économie, et la sexualité séparée.
Enfin, depuis la critique
du caractère aux expériences sur l’orgone en passant par la libération
sexuelle et la critique de la morale et de l’éducation, on peut se poser
la question du but de Reich. Il l’annonce lui-même : travail et amour,
harmonie de la société. Par travail, je ne peux que craindre ce que
voulait dire ce forçat qui travaillait plus de douze heures par jour,
dont la brouille avec le parti communiste n’a pas porté sur le travail ;
et par amour, il entendait l’amour du couple dans la famille, mais pas
homosexuel, par exemple, ou pas la passion qui détruit ou tue, bien sûr.
Quant à l’harmonie de la société, avec l’épanouissement de tous et de
chacun, ce sont là des buts hautement étalés par les
contre-révolutionnaires bolcheviques, leurs collègues nazis, leurs
collègues démocrates libéraux de gauche et de droite. Travail, amour
familial, satisfaction dans la société, voilà un programme qui a été
nettement remis en cause à partir du mouvement social de 1967-1969 dans
le monde, au moment où la récupération de ce mouvement a fait de Reich
une star. Et il est certain que si me débarrasser de ma carapace
caractérielle devait avoir pour but une normalité aussi désespérante, je
préfère la garder, malgré les déséquilibres, et malgré les dangers
auxquels me soumettent mes perversités ou mes névroses, dont je tire au
moins une certaine négativité, un tranchant, et la conscience et la rage
de l’insatisfaction. Si la peste émotionnelle, que Reich a décrite, et
dont nous sommes tous contaminés, à des titres et degrés divers, n’est
qu’une maladie qui nous empêche de rejoindre la norme qui correspond à
ces buts de Reich, alors je la soutiens au moins en tant qu’attaque de
ce que cette norme a d’infâme et de conservateur ; quant au radicalisme
de Reich, il faut parfois se demander si ce n’est pas seulement un
radicalisme normatif plus conséquent, c’est-à-dire une pensée
insatisfaite des mesures prises pour ramener dans la norme les
pestiférés, et qui propose alors des méthodes simplement plus
choquantes.
II. La contre-révolution marxiste
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Texte de 2008 |
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