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t é l é o l o g i e o u v e r t e
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Téléologie moderne et
courants de pensée dominants |
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| I – Brève apogée de la physique | ||||||
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II. La théorie des quanta | |||||
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1. « Les immenses succès
obtenus par la physique fondamentale au cours des siècles passés, tant
dans son domaine propre que dans celui d’autres disciplines
scientifiques à l’essor desquelles elle a pu contribuer, ont eu pour
conséquence que les modes de pensée et les méthodes proprement physiques
[physikalisch] se sont généralement imposés : ainsi, à leur application,
ont été depuis attachées les plus grandes espérances. » (1) 2. Raconter la théorie des
quanta est quelque chose que ne savent faire que les spécialistes
s’adressant aux spécialistes. Moi, dilettante qui m’adresse aux
dilettantes, je ne peux que raconter pourquoi les spécialistes n’ont pas
su me raconter la théorie des quanta. Car si la physique s’est fermée
aux non-spécialistes, la spécialité des non-spécialistes est bien la
communication : non qu’ils y excellent, mais l’organisation de la
société fait des dilettantes les récepteurs-émetteurs obligés de toute
information destinée à passer des spécialistes aux ignares et
réciproquement. Et la théorie des quanta est le meilleur exemple pour
signaler que la physique, au moment où elle devient la discipline
dominante de l’autorité intellectuelle, devient incommunicable,
c’est-à-dire confinée aux spécialistes, c’est-à-dire fondamentalement
inapte à être une discipline dominante de l’autorité intellectuelle.
Cette étrange mésaventure est certainement le premier enseignement de la
théorie des quanta. Sur ce point on peut donner raison à René Thom, qui
qualifiait cette théorie de « scandale du XXe siècle » ; il est vrai
qu’il ne connaissait pas la téléologie moderne, dont les problèmes de
communication sont tellement importants qu’ils font même partie de cette
théorie, en tant que théorie de la société actuelle de communication
infinie. 3. En 1900, Max Planck émit
l’hypothèse que l’énergie n’était pas distribuée de manière continue,
mais par paquets d’énergie. Il suggéra que les échanges d’énergie qu’on
croyait continus étaient, en fait, des échanges de quantités finies,
qu’il baptisa quanta. La quantité d’énergie transportée par un quantum
d’énergie est alors proportionnelle à la fréquence du rayonnement
associé. Le rapport de proportionnalité est égal à une constante nommée
constante de Planck. 4. Il faut peut-être
rappeler à quel type d’objet nous sommes confrontés. Imaginons une
sphère de 0,3 mm3 qui « peut approximativement figurer le traditionnel
“point matériel” de la mécanique classique » et qui est à peu près la
taille de « la petite sphère qui termine un crayon à bille » ; cette
sphère serait « composée de 2 000 milliards de milliards de particules-quantons (protons, neutrons, électrons) ». (4) Ce sont des
objets imperceptibles. Ils n’ont pas d’odeur, pas de goût, ne font pas
de bruit, et un être humain ne peut jamais les toucher ou même les voir,
serait-ce à travers le plus puissant des microscopes. Les « particules-quantons » sont des objets abstraits, des conséquences de
déduction. C’est pour comprendre d’autres phénomènes, eux-mêmes
abstraits, que les scientifiques en ont déduit l’existence de ces
objets. 5. Le milieu des physiciens
est donc désemparé. Alors même que la physique avait hérité du
commandement de la pensée dominante, ses spécialistes ont été plongés
dans l’indécision et le déchirement, épreuve pour laquelle, comme il
s’avéra, cette spécialité n’était pas préparée. Pendant qu’en Russie une
révolution gueuse se trouvait attaquée par une contre-révolution
bolchevique, la physique, nouveau stratège collectif de la
contre-révolution française, restait enfermée sous sa tente, retenue par
quelque trouble incommunicable. Mais dans la perplexité de cette
prostration on aurait cherché en vain les colères meurtrières d’un
Achille ou les fulgurances hardies d’un Hegel. La seule grande dispute
qu’a engendrée publiquement la théorie des quanta est la dispute entre
Einstein et Bohr. Elle porte évidemment sur la réalité.
Un des résultats les plus
troublants de la théorie des quanta montrait que si on prend une paire
de particules, la vitesse et la position de chacune des particules sont
indéterminées avant la mesure, mais la mesure de l’une détermine la
position ou la vitesse des deux. Une paire de particules, en effet, peut
devenir inséparable : toutes deux se meuvent l’une en fonction de
l’autre. Les particules sont dotées d’un « spin » : « Moment cinétique
propre d’une particule en rotation sur elle-même » (‘Littré’) ou « sorte
de moment angulaire interne de l’électron et d’autres particules » (6). Nottale dit du spin que c’est « la première quantité quantique qui n’a
plus de contrepartie classique ». Et il raconte ainsi l’inséparabilité
ou la non-localité des particules : « Deux particules de spins inverses
mais non définis sont émises dans deux directions opposées. Les valeurs
des spins sont ensuite mesurées au même instant sur les deux particules. (…) Aucun des deux spins n’a de valeur bien définie, mais néanmoins leur
somme est nulle avec certitude. » (6) C’est ce résultat qui ne
correspondait pas à la physique classique et dont traite le paradoxe EPR.
Einstein niait en particulier l’inséparabilité ou l’indétermination des
particules, et attribuait cette indétermination, dans la théorie des
quanta, à une insuffisance théorique. 6. La physique quantique,
ainsi mise à l’abri de la critique extérieure, a donc continué de se
développer, d’abord sur la base du différend Einstein-Bohr. Il faut dire
que, d’après tous les témoins, Einstein a perdu à plates coutures. La
non-séparabilité des quantons, indépendamment de leur distance (« deux
systèmes quantiques qui ont interagi sont décrits par une fonction
d’onde unique, quel que soit leur éloignement ultérieur, et cela jusqu’à
ce que l’un des deux fasse l’objet d’une mesure »), a été vérifiée, de
manière formelle au début des années 1980, par les expériences d’Aspect : « (…) dans certaines circonstances très particulières deux photons qui
ont interagi dans le passé ont des propriétés que leur distance
mutuelle, aussi grande soit-elle, ne suffit pas à séparer. Ils
constituent un tout inséparable même lorsqu’ils sont très éloignés l’un
de l’autre : ce qui arrive à l’un des deux, où qu’il soit dans
l’univers, est irrémédiablement intriqué avec ce qui arrive à l’autre
photon dans un autre lieu de l’univers, comme si un lien quantique,
immatériel et instantané, les tenait ensemble. » (8) En d’autres termes : ces photons inséparables « violent » les « inégalités de Bell », qui
était un théorème posant des « restrictions » sur les résultats de
certaines mesures quantiques pour qu’elles correspondent aux trois
points de la définition EPR. En d’autres termes encore : deux particules
qui ont interagi dépendent l’une de l’autre quelle que soit leur
distance. Quand on mesure n’importe laquelle des deux, on a mesuré
l’autre, même si leur distance est plus grande que celle que
l’information pourrait parcourir à la vitesse de la lumière. En d’autres
termes : la mesure d’un objet quantique peut, dans certaines
circonstances, déterminer la position d’un autre en contradiction soit
avec le point 2, soit avec le point 3 du paradoxe EPR. Il n’y a pas de «
variables cachées ». 7. A la fin du siècle, la
théorie de la « décohérence » se propose une explication plus complète
que celles qui avaient jusque-là marqué la délimitation entre un univers
quantique et l’univers newtonien classique. Cette théorie a donc pour
première fonction d’expliquer et d’entériner la cohabitation entre la
façon de voir classique, commune aux dilettantes et ignares, et celle,
très majoritairement idéaliste, de nos physiciens des quanta. «
Développée dans les années 1990, cette théorie explique que c’est leur
interaction avec leur “environnement” qui fait très rapidement perdre
aux objets macroscopiques leurs propriétés quantiques. L’environnement,
constitué de tout ce qui baigne les objets, par exemple l’air dans
lequel ils se propagent ou, si l’on fait le vide, le rayonnement
ambiant, agit en somme comme un observateur qui mesure les systèmes
macroscopiques en permanence, ce qui élimine toutes les superpositions à
cette échelle, et donc également les interférences. » (8)
III. La théorie de la relativité
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Texte de 2008 |
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